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LA QUESTION DU MOIS : EXISTE-T-IL DES RACES DE CHIENS QUI SOIENT DE FACON INNEE GENTILLES
OU AGRESSIVES ? - DROIT DE REPONSE - Après plus de cinquante ans d’observation fascinée de l’être humain et un quart de siècle d’élevage passionné d’une seule race de chien, je sors de l’anonymat pour exprimer mon désarroi comme un droit de réponse. N’importe quel passionné du comportement humain ou canin peut constater que le caractère, et donc la prédisposition comportementale, se transmet aussi sûrement que les traits morphologiques. Que l’expression de ce caractère soit variablement modifiable selon l’environnement et les personnalités des individus, est une évidence. Mais même cette éventuelle modification n’est que partielle et dépend plus largement du sujet que de son entourage. La grande différence entre l’Homme et le Chien est que l’élevage de l’Homme n’a jamais été dans un but précis (l’accouplement se faisant chez nous uniquement basé sur l’attirance chimique…, aucune femme n’a choisi sont partenaire d’après une liste d’exigences minimales) mais l’élevage des races de chien a été dans le but avoué de fixer non seulement des détails de taille, de couleur ou de poil, mais plus particulièrement de fixer leurs aptitudes. Les éleveurs de races de berger ont voulu des sujets hardis, courageux et capables de défendre le troupeau si besoin était. Les retrievers – qui ne devraient pas rencontrer l’obligation de défendre - ont été élaborés pour rester en alerte des heures durant, à la hutte, dans un silence calme et complice, pour enfin partir sur un simple geste chercher les canards tombés au loin. Et ils croisaient sur leur chemin aqueux d’autres chiens s’affairant et ceci sans dispute ni jalousie. Les éleveurs dignes de ce nom ont bien étudié le CARACTERE et la PERSONALITE de leurs chiens avant d’accoupler tel ou tel autre pour le bien de la race. Ceux qui ont voulu un chien dissuasif, un chien avec du mordant ou un vrai chien de combat ont sélectionné en fonction de leur desiderata et conscient que LE CARACTERE SE SELECTIONNE et se fixe (ou se perd) tout autant que les traits physiques. Dans ma famille nous sommes très ‘adoption’, un frère, plusieurs cousins en plus de chez des amis. Les adultes connaissaient les antécédents (souvent violents) de ces bébés, sans que les enfants ne sachent quoi que ce soit de leurs géniteurs. Ces enfants devenus adultes ont confirmé massivement la dominance de l’inné sur l’acquis. Je pense à mes chiots dont la mère était décédée à leur naissance, élevés par une mère de substitution et qui ont grandis avec les caractéristiques comportementales très marqués de leur défunte mère. Je peux citer plusieurs lignées avec des particularités comportementales transmises à travers sept générations de mère en fille, parfois en dépit de mes efforts d’éradication ! Je vois mes enfants de pères différents et je constate que l’éducation joue un rôle limité sur l’expression du caractère inné mais n’altère pas le fond : la générosité, l’agressivité, la lâcheté, la gentillesse sont autant de traits de personnalité fixés par la composition génétique, bien repérables dans l’être à ‘l’état brut’ (l’enfant de 0 à 2 ans, le chiot de 0 à 2 mois) ensuite l’éducation et l’environnement modifient l’EXPRESSION de ces traits car le chien, tout comme l’enfant apprend très vite ce qui est socialement acceptable et ce qui ne l’est pas. Mais dans tous les cas de figure, face aux situations d’extrême urgence (‘le dos au mur’) LE CARACTERE PREMIER PREND LE DESSUS ET L’EDUCATION S’EFFACE (voir le comportement des victimes des camps de la mort). Depuis que l’Homme à eu l’idée (géniale) de façonner le chien selon son humeur et à des fins très variées, et avant que les chiens ne deviennent l’enjeu économique actuel – les éleveurs passionnés échangeaient leurs géniteurs entre eux, avec comme seul but : l’amélioration des caractéristiques morphologiques et d’aptitude pour une utilisations spécifique, dont le comportement faisait partie intégrale. De cette façon les races se différenciaient de plus en plus et de par leur enveloppe extérieure et de par leur comportement. Le ‘Pit Bull’ – qui n’est pas une race mais un type de chien – avait besoin pour survivre d’un comportement spécifique aux chiens de combat associé à une ‘dégaine de voyou’. Le Labrador, auxiliaire infatigable et passionné de l’homme de la nature avait besoin d’un caractère souple et obéissant associé à une véritable passion pour l’être humain et pour l’eau. L’appât du gain a fait que tout un chacun est devenu ‘éleveur’ depuis trente ans quand la demande dépassait l’offre notamment dans certaines races, et surtout depuis quinze ans en ce qui concerne le Labrador. Les marchands de chiens (n’ayant pas compris que l’on ne devient pas éleveur pour avoir accouplé un mâle avec une femelle) sont largement responsables d’une dérive chez toutes les races souffrants d’une popularité incontrôlable. Est étiqueté ‘Labrador’ n’importe quel chien à poil ras, noir ou clair de robe, et avec une longue queue et les oreilles tombantes (plus de la moitié des chiens errants en Egypte correspond à ce descriptif !). Ajouter à cet élevage concentré, basé uniquement sur l’extérieur du chien, la vente à n’importe qui vivant n’importe comment et vous avez une explication à un bon nombre de problèmes rencontrés à l’heure actuelle. Le Labrador, mon cher Labrador, est dans le collimateur depuis un certain temps. Trop ‘populaire’, ses spécificités oubliées, prisé pour une vague image de ‘chien polyvalent’, nounou pour enfant délaissé, chien idéal pour famille pressée qui n’a pas le temps de s’en occuper, c’est une fois qu’il devient un hooligan qu’il atterrit chez le comportementaliste. Pointé du doigt aujourd’hui, comme le chien à problèmes par excellence il faut peut-être se rappeler que la moitié des chiens ‘ de type Labrador’ n’a de la race qu’une vague ressemblance et l’autre moitié est le fruit d’accouplements inconsidérés, doublé d’une erreur de vente. Le chien est comme un piano, dans les mains d’un virtuose, un instrument d’exception donnerait une musique à vous faire pleurer. Un instrument bas de gamme doublé d’un pianiste médiocre vous feraient grincer les dents. Le pianiste : c’est le maître, et la meilleure éducation au monde ne vous donnerait pas un excellent chien si le fond est instable ou vicié. Est-il vraiment nécessaire d’insister qu’un bon pianiste se doit de chercher un instrument de qualité supérieur ? Cela peut paraître comme une évidence, mais en incitant le public à croire que seules les caractéristiques physiques sont transmissibles, on encourage le néophyte à acheter n’importe quoi chez n’importe qui du moment que le chien ait l’apparence de la race convoitée, car il a été persuadé que tout le reste ne dépend que de Lui. Pourquoi n’y a t-il pas plus de Pit Bulls devenus Chiens Guides d’Aveugles ? Question pertinente si le comportement n’est pas très largement héréditaire. La prédisposition génétique à l’agressivité existe aussi bien chez l’homme que chez le chien. Le nier est faire preuve d’un aveuglement surprenant. Qu’il existe un pourcentage de chiens – et d’hommes – atypiques par rapport à leur prédisposition est, aussi, une évidence. Mais on ne peut pas, et on ne doit pas bâtir des théories sur les exceptions, même si dans cette année de grâce 2001 il est politiquement incorrect dans le monde de la cynophilie de tenir de tels propos. Avant Pythagore il paraît que le monde était PLAT, et depuis toujours… tout le monde avait été d’accord sur ce point.
- Novembre 2001-
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